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Retour sur quelques ruines
Week end pascal trois mois après le tremblement de terre du 12 janvier: l’occasion de visiter un peu les environs et de revenir sur quelques sites que j’aimais particulièrement « avant » le séisme et dont j’espérais qu’ils seraient encore debout…
Tout d’abord, la ville de Petit Goave à deux heures de voiture de Port au Prince. Elle est plus proche de l’épicentre du séisme que la capitale et du coup a été bien affectée. J’avais eu l’occasion d’y passer plusieurs fois: c’était une belle ville active, avec un important marché et des centaines de commerces.
Le fleuron de Petit Goave était le « Relais de l’Empereur », un sublime hôtel centenaire dont j’avais déjà publié des photos dans ces pages. Je m’attendais vraiment à le voir intact, car à Port au Prince les vieux bâtiments ont plutôt mieux résisté que les modernes. Hélas, quelle ne fut pas ma tristesse de découvrir une dent creuse dans la rue principale, pile à l’emplacement du Relais: effacé, oblitéré, plus une brique…
Démoralisé, nous repartons vers la communauté paysanne de Vallue, dans les mornes au dessus du col du Tarpion qui sépare Petit et Grand Goave. La zone a aussi été affectée. Le morne Tarpion est sillonné de puissants éboulements (visibles sur Google Earth!), qui témoigent de la puissance du choc. La communauté de Vallue, que nous avions déjà visité et à laquelle je me promettais de consacrer un article, se trouve au dessus de Grand Goave, dans la montagne. La zone a été dynamisée dans les années 60 – 70 par un agronome du cru, qui a eu le l’idée d’y monter un projet de développement intégrant agriculture, marché paysan et éco – tourisme. Le système a bien fonctionné et Vallue est vraiment un village à part en Haïti. On y trouve un hôtel – restaurant, des résidences d’artistes, une école, un marché, et surtout des gens heureux, accueillants et visiblement épanouis. Enfin, ça c’était avant…
A Grand Goave se trouve aussi la Villa Taïna, où nous avions passé plusieurs weekend. Par pudeur je ne m’étendrai pas sur le sujet. Christian si par hasard vous lisez ces lignes, sachez que nous sommes de tout cœur avec vous et que je n’oublierai jamais les moment de bonheur passés à la Villa, ni les langoustes ni les petits rhums arrangés. Je sais que vous vous en êtes tous les deux sortis vivants et je serai heureux d’avoir de vos nouvelles. Toute ma sympathie dans cette épreuve.
Retour à Port au Prince. Nous escaladons la « Tour 2004″ sur le Champ de Mars, pour « admirer » la vue au coucher du soleil.
Dlo se sous lavi
La moitié des 8 millions d’haïtiens n’ont pas accès à de l’eau de qualité. Pourtant, la nature du sol et le relief de l’île font que l’on trouve des milliers de sources et de puits artésiens dans tout le pays. Beaucoup de ces sources sont captées et servent à alimenter des petits réseaux d’eau. Le parc d’installations est généralement dans un état précaire, abimé par les cyclones à répétition ou délaissé par les utilisateurs et les structures en charge de la gestion.
Comme souvent dans d’autres pays, ce sont les femmes et les fillettes qui vont puiser l’eau. Ici elles peuvent aussi utiliser des ânes pour soulager leur fardeau. Les femmes vont chercher l’eau, les hommes ont les cordons de la bourse et décident de réparer ou pas les infrastructures: de là à penser que les deux sont liés il n’y a qu’un pas à franchir.
Le secteur de l’eau potable en Haïti est actuellement en réforme, depuis le vote par le parlement d’une nouvelle loi visant à redistribuer les rôles de l’ensemble des acteurs: autorité de régulation, exploitant et maitre d’ouvrage. Car, si l’accès à l’eau potable reste un droit humain (comme je le disait déjà pour la Sierra Leone ici), il semble normal qu’à partir du moment où elle est traitée et distribuée, l’eau soit payante.
Les personnes n’ayant pas accès à un puits moderne ou à un réseau utilisent des eaux de surface ou installent chez eux des dispositifs de collecte d’eau de pluie. En ville les gens ont aussi l’habitude d’acheter au gallon de l’eau traitée par osmose inverse.
Les Gonaïves
En Haïti la ville des Gonaïves (200 000 habitants) a été durement frappée par les évènements climatiques extrêmes de Septembre 2008. La rivière La Quinte est sortie de son lit et a inondé une bonne partie de la ville. Lorsque la crue s’est retiré, les eaux chargées de sédiments arrachés aux collines environnantes ont laissé une épaisse couche de boue sur toute la ville. Six mois après le drame, on est toujours en train de nettoyer les rues, de reconstruire les maisons et de ré-activer l’accès aux services de base.
Sur la route des Gonaïves, avant d’entrer en ville la route fait une déviation pour éviter le Lac Jeanne, qui s’était formé suite aux inondations de 2004 causées par le cyclone Jeanne. En Haïti, on compte les années en fonction des cyclones…
Arrivé dans le centre, ce qui frappe c’est d’abord la boue, partout. Certaines familles ont véritablement tout perdu en une nuit, d’autres ont du passer plusieurs jours sur le toit de leurs maisons en attendant l’arrivée des secours.
Dans des situations d’urgence comme celle ci le problème le plus immédiat c’est l’accès à l’eau. Les eaux de surface sont hautement contaminées, et les eaux souterraines le sont aussi en partie car l’inondation a recouvert puits, forages et latrines.
La distribution d’eau potable en urgence est faite par un système de livraison par camion. Grâce à la mobilisation de tous le pire a été évité: L’épidémie.
Après l’eau, la nourriture. Afin de prévenir le risque de malnutrition chez les enfants de moins de 5 ans, particulièrement à risque dans les semaines après le drame, des cantines sont ouvertes dans toute la ville. On y sert une bouillie spécialement conçue pour pallier aux manques de l’alimentation quotidienne.
Réfugiés climatiques. Eux ont tout perdu. Ils se sont regroupés dans un entrepôt abandonné et y sont restés de longues semaines en attendant de trouver à se reloger. Mais où?
Les Gonaïves, vues du ciel: plus une maison intacte, des rues couvertes de boue et à perte de vue un horizon bouché par les collines sans arbres prêtes a verser encore plus de sédiments à la prochaine pluie…
La vie reprend son cours, malgré la précarité du quotidien. Les enfants retournent à l’école en évitant les tas de boue qui encombrement encore les rues.
Pour les plus démunis, l’aide humanitaire reste indispensable.
Wata Na Life!
Sierra Leone: Wata Na Life, l’eau c’est la vie!
La guerre civile qui a duré de 1999 à 2002 a fait d’énormes dégâts sur un parc d’infrastructures d’accès à l’eau potable déjà bien mal entretenu. Dans les années 60 – 70 à l’époque où la Sierra Leone était en plein boom économique, de gros efforts avaient été faits pour développer des réseaux d’adduction d’eau potable dans toutes les grandes villes et même certaines zones rurales. Ces réseaux n’ont pas été bien entretenus, et sont petit à petit tombés en décrépitude. La guerre a faite le reste.
Aujourd’hui, dans une ville comme Freetown la capitale qui compte environ 800 000 habitants, 40% de la population vit en dehors de la zone de couverture du réseau municipal.
Dans les campagnes, la situation n’est guère plus réjouissante même si de gros efforts ont été faits par le gouvernement et les ONG internationales. Mais on est loin du standard d’un puits pour 250 utilisateurs ou même d’un puits par village.
Un puits « moderne » ou « protégé » construit par une ONG internationale dans la région de Bo. Il s’agit d’un puits profond d’une quinzaine de mètres, creusé à la main et renforcé d’un cuvelage en béton. Le tout est couvert d’un margelle et d’une dalle aussi en béton et équipé d’une pompe à bras (ici de marque Kardia). Le tout garanti une protection parfaite de l’eau contenue dans le puits, qui est ainsi à l’abri des contaminations d’origine fécales ou autre.
Un des gros problèmes dans ces zones de l’Est du pays est que durant la guerre il était courant, pour faire fuir les villageois, de jeter des cadavres d’hommes ou d’animaux dans les puits. Des années après la fin de la guerre les habitants se souviennent encore des puits ainsi contaminés et ne veulent toujours pas boire de cette eau. Du coup il est impossible de rénover le puits (alors que techniquement un curetage suivit d’une décontamination au chlore serait possible) et il ne reste plus qu’à en creuser un autre…
Corvée d’eau: comme souvent dans l’Afrique rurale, ce sont des jeunes filles qui sont chargées de la collecte de l’eau. Il leur faut parfois marcher des heures pour aller chercher quelques litres d’une eau pas toujours potable.
Ce sont autant d’heures qui sont perdues pour le développement personnel, la lecture, l’étude ou la vie de famille.
L’accès à l’eau potable est un droit fondamental de l’être humain.
En ville comme ici à Kroo Bay un quartier populaire de Freetown, l’eau est distribuée par un système de branchements à domicile et de robinets publiques. L’eau est traitée au chlore par la compagnie municipale (Guma Valley Water Company) mais à cause de la décrépitude du réseau de distribution elle n’est pas toujours propre à la consommation au point de distribution.
En ville comme à la campagne, ce sont les femmes et les enfants qui vont puiser l’eau. Ici à deux pas du Stade National de Freetown l’environnement sanitaire du point d’eau est plus que douteux: chaque année à la fin de la saison des pluies le choléra fait son apparition…
L’unique point d’eau du quartier: un tuyau crevé venu d’on ne sait où amène un filet d’eau souillée.
Douche collective dans la quartier de Suzanne’s Bay (Freetown). Cette photo a été prise en 2008, déclarée par l’ONU « année internationale de l’assainissement ».
L’accès à l’eau de qualité et en quantité suffisante est un droit fondamental inscrit dans plusieurs conventions internationales.
Hélas le 22 Mars dernier, à la fermeture du Forum mondial de l’eau d’Istanbul, les Etats Unis et quelques autres états (dont le Brésil) se sont opposés à la reconnaissance d’un « droit humain fondamental à l’accès à l’eau potable et à l’assainissement ». Faute de consensus sur ce sujet la résolution finale n’évoque pas ce droit.































